Compte-rendu de la conférence faite en août 2004
par Mme M. GUELY

BEYNAT EN VICOMTE DE TURENNE.


à partir des notes prises par le docteur Bertrand BIAIS

    I - Beynat était à l'origine une paroisse plus étendue que la paroisse actuelle. Elle remonte aux débuts de la christianisation (IX/Xè /siècles), comme la plupart des paroisses dédiées à St Pierre.
La paroisse est située sur la ligne de partage des eaux entre Corrèze et Dordogne ; elle est celle du Bas-Limousin qui possède le plus grand nombre de moulins. La fête paroissiale avait lieu le 1er août, avec une foire le lendemain. Ce 1er août était déjà fêté au temps des Gaulois ; c'était la fête du Dieu majeur du panthéon gaulois : LUG (équivalent de Mercure).
Beynat reste à l'écart des voies de communication jusqu'au XVIIIè siècle, n'ayant que des chemins muletiers. Il y a deux chemins charretiers qui encadrent Beynat : l'un par la Croix de Nespoulé, l'autre par Puy de Noix et la Graffoulière.

    II - Beynat au temps des Vicairies (époque de Charlemagne). Le Comté de Limoges était subdivisé en 18 Vicairies, parmi lesquelles il y a la Vicaria Beenatensis qui comprenait outre Beynat : Albignac, Lanteuil, Ménoire. Puis les Vicairies disparaissent, remplacées par les Vicomtés : Turenne, Comborn, Ventadour.

    III - Beynat entre dans la Vicomté de Turenne probablement au début du XIè et peut-être par mariage, soit avec un Malemort soit avec un Ventadour. Beynat est plus ou moins bien contrôlée par le Vicomte de Turenne pour plusieurs raisons :
- de distance, Beynat est située à la frontière Nord de la Vicomté (au delà c'est Ventadour}.
- le Vicomte ne possède pas la totalité de la paroisse. Une partie appartient aux abbayes : Beaulieu possède un mas à Spagnagol ; Tulle possède un mas au Pérrier, donné par une riche famille de la paroisse les d'Ayac ; Aubazine possède une grange à Montredon, et le domaine de Chassansec (le chêne sec).
- Beynat est une Co-Seigneurie ; le Vicomte de Turenne est le suzerain, mais il y a sur place non pas un vassal mais quatre co-seigneurs (seigneur indivis de la paroisse). Ce sont d'abord les quatre frêres de la famille de Montceaux, puis du fait de mariages on trouve quatre familles : Montceau, Labrande, Lostanges, Cosnac. Ces co-seigneurs souhaitent bénéficier des privilèges de la Vicomté, mais veulent rester indépendants par rapport à la politique du Vicomte. Ce dernier se méfie d'eux ; ainsi, quand il y avait à faire le guet les gens de Beynat étaient groupés avec ceux de Lagarde (et pas avec leurs amis de Sérilhac), comme cela le Vicomte était mieux assuré qu'on n'allait pas le trahir.
    Le XIIIè est un siècle de paix ; le Vicomte de Turenne a réglé ses problèmes avec les Malemort et les Ventadour ; les Montceaux sont les seuls seigneurs dominants à Beynat, et en 1284 ils y créent de nouvelles foires.

    IV - Beynat pendant la guerre de cent ans. Les Vicomtes au début du XIVè ont changé de dynastie : la dernière des Camborn, Marguerite (onze ans) est mariée à un seigneur des Pyrénées Bernard de Comminges. Les Comminges habitaient loin et vendaient aux seigneurs locaux les droits du Vicomte. La Vicomté était située au niveau d'une zone frontière entre rois de France et rois d'Angteterre. Le pape (d'Avignon) Clément VI marie en 1350 Aliénor de Comminges avec son neveu Guillaume Roger de Beaufort : nouveau changement de dynastie. Il se fait rendre hommage par tous les seigneurs ayant tendance à affirmer leur indépendance. En 1354 B. de la. Brande rend hommage au Vicomte pour le 1/4 de la grande tour de Beynat, c' est-à-dire pour le 1/4 de la seigneurie de Beynat. Mais B. de la Brande, seigneur de Lostanges et Beynat, avec ses cousins les d'Ornhac favorise les Aquitains (camp anglais), et s'oppose au Vicomte de Turenne qui à cette période soutient le roi de France. En 1383 Nolot Barbe, mercenaire de B. de la Brande occupe les châteaux du Pescher et de Beynat. Pour le punir le Vicomte saisit le 1/4 de sa seigneurie. Les seigneurs de Beynat étaient pro-anglais parcequ'au Xllè, leurs amis les Malemort étaient favorables aux Aquitains. En 1407 Delphine de Montceaux vend au Vicomte de Turenne son 1/4 de la tour de Beynat ; pour la première fois le Vicomte peut placer dans la tour pour faire le guet un de ses capitaines. Avec la tour elle vend l'aula (grande salle seigneuriale), l'hôpital, la tour de la Gardelle. (à l'embranchement de la route d'Espagnagol) et des maisons confrontant le fossé, qui formaient un mur. En 1427 B. de la Brande rend hommage au Vicomte de Turenne, et les choses se calment.

    V - Beynat au temps des Guerres de Religion . Les Aymard de la Brande s'allient aux Pierre-Buffière. Marguerite de Lostanges épouse en 1556 Gabriel de Pierre Buffière. Ainsi Beynat et Lostanges passent dans la famille la plus anciennement (1546) protestante du Limousin. En fait seuls les gens cultivés (qui sont capables de lire la Bible) adoptent la religion protestante ; les paysans restent catholiques. Dans la Vicomté Beynat, Lostanges, et Collonges sont protestants. Mais autour de Beynat .Les seigneurs des paroisses restent catholiques, ainsi que Brive et Tulle. Il y a des protestants à Turenne, Beaulieu, Argentat, Saint Céré. Martel est la seule ville de la Vicomté qui n'est pas protestante. Beynat devient un enjeu stratégique pour les catholiques de Brive, parce que c'est une zone protestante isolée. En 1580 Edme de Hautefort ravage les paroisses protestantes, dont Beynat fait partie. En 1586 les catholiques de Brive s'emparent du Pescher, où sont retranchés des protestants ; les garnisons protestantes de Beynat et Puy de Noix se replient sur Turennne ; les catholiques rasent le château de Beynat.
    Le temps des guerres de religion a été plus dur pour Beynat que celui de la guerre de 100 ans ; la preuve en est que à la fin de la guerre de 100 ans Beynat avait envoyé des gens dans le sud de la Vicomté pour le repeupler, alors qu'il ne l'a pas fait après les guerres de religion.

    VI - Beynat au XVIIè siècle. En 1610 Gabriel II de Pierre Buffière (sans enfant) vend à son futur beau-frère Brandelin Geoffre de Chabrignac le domaine noble de Sabeau (30.000 Livres). La famille seigneuriale de Beynat devient les G. de Chabrignac, et s'installe au château de Sabeau. Brandelin demande au Vicomte l'autorisation de fortifier Sabeau ; elle lui est accordée car le Vicomte a confiance dans les Chabrignac, petits seigneurs des environs de Noailhac qui sont ennemis des Noailles, seigneurs de ce lieu et catholiques, donc mal vus des Turenne. Les Chabrignac ne séjournent pas en permanence à Beynat ; ils sont officiers, ont de faibles revenus, et sont obligés d'épouser de riches héritières ; ils vendent des biens à des bourgeois de Brive. En 1632 François de Chabrignac reçoit Louis XIII à Brive.
    Jeanne de Chabrignac épouse en 1746 son oncle Gabriel de Cosnac ; ainsi les Cosnac deviennent barons de Beynat. Ils n'émigrent pas et leurs biens ne sont pas saisis. Pendant la Révolution Beynat n'a pas eu de problème particulier.

la ligne, en rouge, de partage des eaux retour

la région de Beynat au XVIII ème siècle, les moulins sont en rouge et les chemins charretiers en trait double continu retour

.. au temps des paroisses retour

.. au temps des vicairies retour

la vicomté de Turenne en 1738

la vicomté de Turenne retour

Beynat au temps des Abbayes retour

Donateurs du XII ème siècle

Beynat dans la guerre de cent ans retour

Beynat au XIX ème siècle

Schéma

Arbre de vie retour

La région de BEYNAT et les guerres de religion retour

Les achats de Brandelin en 1610

Les Geoufre de Chabrignac retour

Les Cosnac à BEYNAT retour

La COMMANDERIE DE PUY DE NOIX retour

Les Commanderies du Bas Limousin